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 Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]

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Ross Venor Malkovich
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Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] Empty
MessageSujet: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeSam 5 Mai - 15:33



Shits never come by chance !
ft. Meg "Delta" Tyler



C'était un mauvais jour, mais j'en avais connu de pires. Tout ne se passait pas forcément comme on l'avait pensé et les choses prenaient parfois une tournure inattendue. Je venais de finir ma journée de mastering de différents titres empruntés au catalogue de BSC. Comme toutes les Majors, la boîte qui m'employait à l'essai éditait chaque année des best of ou des albums de reprises de standards écrits par ses artistes. C'était une façon de rentabiliser au maximum les billes investies quelques années auparavant sur des musiciens qu'ils avaient signés. Ça mettait du beurre dans les épinards de tout le monde, ou de la came dans le pif, pour certains.

Les artistes touchaient des royalties appréciables selon leur notoriété et leur contrat, mais c'était la Major qui se ramassait le pactole de bénéfices bruts de tous frais, hormis les subsides versées aux auteurs, le cachet versé à l'heure pour le technicien que j'étais, et le pressage packaging, bien entendu. Même si je n'avais pas signé pour faire des resucées de hits, je ne crachais sur aucune source de revenu en attendant qu'on me paie pour ce qui m'avait fait signer ce contrat  d'essai chez BSC : enregistrer un artiste ou un groupe et tirer la quintessence de la musique qui m'était confiée.

Non, je ne pouvais pas cracher sur la moindre rentrée d'argent. Il y avait les frais de scolarité, les factures du deux pièces et les frais de rénovation du loft sur lequel j'avais choisi le risque de prendre une option de location pour ne pas le voir me filer sous le nez. Le fric avait déboulé au premier chèque dégainé par Daniele Ricci, mais le pactole avancé par son Altesse Sérénissime fondait tout aussi vite que si j'allais me torcher la gueule dans un palace et péter dans des draps de soie avec une poule de luxe chaque soir de la semaine. Rien de tout ça, pourtant dans ma vie quasi monacale. Tout coutait excessivement cher à Los Angeles et même un pot de peinture ou un sac de plâtre semblait sorti tout droit du cul des anges à en juger par les prix pratiqués dans les magasins de bricolage. Sans oublier les bouquins, le matériel scolaire, les uniformes et tenues de sport de ma princesse.

Et puis je me doutais aussi que ce job qu'on m'avait confié aujourd'hui était une façon supplémentaire de me tester, de vérifier encore une fois si j'avais bien toutes les compétences professionnelles que Daniele avait pensé déceler en moi lors de l'entretien d'embauche. Je m'étais donc donné à fond sur ce contrat, faisant toujours le travail avec le perfectionnisme dont j'étais coutumier.

Bref, journée purement technique passée en tête à tête avec de vieux enregistrements mixés par un autre et auxquels je devais donner un second souffle, voire un supplément d'âme. Pas d'inconfort ou d'inconnu, ni de contingences que je ne sache gérer, mais justement ... Ne pas sortir de ma zone de confort me pesait assez rapidement. Et au bout de deux heures de bout à bout de tubes des années passées, au demeurant très chouettes - BSC avait un très bon catalogue - je rongeais déjà mon frein. Inutile de dire que j'étais tendu comme un arc lorsque, après une journée très longue j'achevai le dernier remastering. Sitôt tout en boite, j'empaquetai la bobine et la déposai au secrétariat, déjà déserté, afin qu'elle soit expédiée à Daniele pour contrôle high quality et peut-être aussi transmise au Big Boss que je n'aurai probablement jamais l'occasion de croiser.  

C'est donc, d'un pas énergique que je sortis des locaux et me dirigeai vers l'épave qui me servait de moyen de transport, tout en m'allumant une clope. La perspective d'une bonne bière bien fraiche avant d'attaquer le replâtrage des murs du loft me donnait la motivation de faire double journée. Assis au volant sur le siège passablement avachi de ma vieille Mustang, je tournai la clef dans le neiman et eus la désagréable surprise d'entendre un grincement sinistre puis une sorte de "plop". Je coupai immédiatement le contact. Je savais très bien quelle était l'origine de ce bruit. Depuis quelques temps la courroie du ventilateur donnait des signes de fatigue. Bien entendu, il fallait qu'elle pète aujourd'hui !

- Bordel ! Fais chier ! criai-je en tapant sur le volant.

Je sortis de la voiture et claquai la portière puis filai un grand coup de pied dans l'aile avant.

- Brudny stos złomu ! Espèce de  ...

J'ouvris le capot et constatai les dégâts en dégageant le cache des poulies d'entrainement. La courroie pendait lamentablement détendue sur le galet. Bien entendu, je n'avais rien sous la main qui puisse faire office de courroie. Bien entendu, le secrétariat venait de fermer et la boîte était déserte à cette heure là. Daniele venait de partir dans sa caisse flambant neuf quelques minutes avant moi.

Je me redressai, passablement énervé, et me cognai la tête dans le capot. Je jurai une fois de plus en me frottant le crâne.

C'est alors que je vis une forme accroupie derrière un bosquet sur la pelouse à l'arrière de la boite. Je plissai les yeux et portai ma main en visière. De loin, on aurait dit quelqu'un, enfin une femme ...  Elle était aux premières loges pour assister à ma belle démonstration de sang froid.

M'essuyant les mains pleines de cambouis dans mon T-shirt , je m'avançai en criant, la clope toujours au bec :

- Hey ! S'il vous plait! Pardon de vous déranger, mais ... par le plus grand des hasards, vous ne porteriez pas des collants ?

C'est arrivé à mi chemin que je compris que j'avais probablement dérangée très fortement la dite personne.  Elle était en train de pisser ...



@ Billy Lighter


Dernière édition par Ross Venor Malko le Mer 23 Mai - 16:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeDim 6 Mai - 11:58


Je suis passée au studio pour voir Daniele, j’ai plus une tune, rien pour me payer ma dope. Je sais qu'il préfère me fournir que me laisser prendre n’importe quoi, alors j’en profite. C’est donc avec un sachet bien garni d'excellente coke dans mon sac à dos que je vais repartir. J’aurais préféré du speed, mais le manager étant plus coke, c’est tout ce qu'il avait, je m’en contenterai donc. Avant toute chose, je me fais une petite ligne histoire de bien commencer la soirée. Putain ce que j’aime ce bruit, les cristaux qui craquent entre les deux parties de la boîte de cassette démontée pour l’occasion. Je m’envole déjà un peu au dessus des spots multicolores et clignotants de la cité des anges. Je sors ma paille et je m’envoie la trace blanche d’un seul coup. BOOM. Mon nez picote, mon cerveau fait des bonds et mon corps de laisse glisser dans la défonce.

Je me suis un peu attardée, je quitte Daniele sur le trottoir. Il est tard, je sais pas trop, je m’en fous, je suis high. Pooooooouillah ! Je regarde les étoiles de la ville briller de mille feux et je danse sur l’un de mes tubes préférés que je passe et repasse dans ma tête.

Je vais pour remettre mes patins à roulette, mais, je suis prise d’une grosse envie de pisser. Je m’arrête là où je suis, ne cherchant pas franchement à me cacher. J’ouvre mon mini short en jean troué et usé, je baisse mon collant rayé multicolore et la culotte, je m’accroupis et je fais ce que j’ai à faire. Le reste de ma tenue est constitué d’un sweat noir avec “Fuck U very very much” marqué au t-pex et des tâches de bombe de peinture de toutes les couleurs, des grosses boots montantes à lacet et un bomber en satin rose fushia avec un A anarchiste dans le dos fait avec des capsules de bière et des épingles à nourrice. Mon sac aussi est plein de peinture, de phrases écrites à l'arrache, d’épingles et de capsules.

Les fesses à l’air, j’entends un bruit chelou puis une portière qui claque et des insultes. Je pensais être seule, donc, surprise, je cherche d’où ça vient. Juste un mec qui s’énerve sur sa caisse. Pour ça que j’en ai pas, enfin non, j’en ai pas parce que j’ai pas de tune, mais je dis toujours que les patins, eux, vous lâchent jamais ! Depuis que je suis à L.A., je circule comme ça, sur mes roulettes, en m’accrochant aux voitures. C’est gratuit, relativement rapide et vachement plus marrant que tout autre moyen de locomotion. C’est sur que tomber en rade à cette heure et à cet endroit, ça a de quoi mettre les nerfs en pelote. Moi je défoncerais le par brise à coup de sac à dos, donc sa réaction me choque pas, je le trouve même calme en fait.

J’ai presque fini quand il s’approche. Je crois qu'il ne m’avait pas remarquée avant et ça savoir pourquoi, maintenant qu’il m’a vue, il veut me parler. Je bronche pas, se sera pas le premier à voir mon cul tout blanc, il s’en remettra, et moi, il m’en faut plus, beaucoup plus pour m’empêcher de faire ce que je veux, où je veux et quand je veux. Ça me rappelle la fois sous champi où j’ai pissé au milieu du festival. Le mec m’interpelle. Il veut mes collants. Il a de la chance, généralement je suis en jean, mais ce soir, je comptais rejoindre les filles pour picoler, snifer et baiser. Sauf que vue l’heure, elles doivent déjà avoir oublié que je venais, donc peu importe que je sois là où n’importe où ailleurs.

__ Ben ouais, comme tu vois. Mais j’en ai b’soin, si non je vais me peler les miches... T’as une clope ?

Je me relève, je remet mon slip et le reste comme si de rien n’était avec un rictus mi désolé mi dubitatif plantant mon regard sur le grand type au fort accent qui me fait face. Moi qui suis pas très grande, je suis obligée de lever la tête pour le regarder dans les yeux, même pas peur, j’ai ma chaîne à la ceinture et ma lame dans la poche. Il n'est pas de L.A., même pas américain, son accent ressemble à celui des vilains soviétiques dans les films. Mon esprit fait un tour du côté de la vodka, mais je préfère le bourbon et la tequila.

Je voudrais bien l’aider, mais franchement, en février sans collants, avec tout le trajet que je dois faire pour rentrer et le vent de la vitesse sur mes jambes, ça me fait vraiment chier. En plus je l’aime bien ce collant, ça m’emmerde de lui donner. Mais ça m’emmerde aussi de le laisser en rade.

__ Vingt dollars et j'te file mon collant.

Comme ça je pourrais me payer un taxi pour rentrer et en racheter un dès demain, c'est pas super cool de faire payer le service, mais je suis pas encore assez défoncée pour faire la connerie de me dire que je peux rentrer tranquille sans mes collants.

@ Billy Lighter

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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeDim 6 Mai - 15:49



Bon, je me trouvais un peu con sur le coup. J'avais déjà pissé dans plein d'endroits qui n'y étaient pas destinés dans ma vie, mais rarement vue une fille le faire avec autant de désinvolture. Je ralentis  pour la laisser finir son affaire et détournai le regard, tant par pudeur que pour dissimuler le fou rire naissant qui se dessinait sur mes lèvres. La pression était en train de retomber.

Je ne voulais pas qu'elle pense que je me foutais de sa gueule, alors que j'avais juste une réaction de détente suite à une journée de dingue tout seul derrière mes consoles et à la contrariété à cause de ma bagnole qui me lâchait. Elle se releva après avoir remis toutes ses sapes sur son joli petit cul que j'avais entrevu au clair de lune. Je hochai la tête à sa question et, essuyant à nouveau ma main pleine de cambouis dans mon vieux t-shirt rouge à l'effigie de Zagiel, tirai mon paquet de la poche arrière de mon jean pour lui tendre une clope.

Elle avait un sacré aplomb, cette fille. Le regard direct planté dans le mien. Je la dépassais d'une bonne tête, devais peser le double de son poids mais elle me jaugeait sans aucune peur malgré l'endroit totalement désert où nous nous trouvions. Ça me plaisait.  

- C'est vrai qu'il pèle. Moins que chez moi en février, mais quand même pas au point de rentrer en ville sans vos collants et à pied.
J'avisai ses patins posés à côté d'elle et rectifiai: enfin, à roulettes.

Je réfléchissais à sa proposition. Elle n'avait pas froid aux yeux et ne perdait pas le nord. J'eus un petit rictus ironique.

- Est-ce que j'ai vraiment le choix ? Y a pas vraiment beaucoup de femmes, ni même de mecs en collant dans les environs. Marcher ne me fait pas peur mais je dois absolument rentrer à Los Angeles rapidement, donc j'ai besoin de vos collants. Vous auriez pu monter jusqu'à cinquante. C'est le prix que me demanderait un remorquage... Si je pouvais joindre un dépanneur ...

J'avais envie d'une bonne bière voire même de quelque chose de plus fort. Mais bon, j'étais censé bosser sur le chantier donc ce serait mieux de ne pas être pété. Et de toute façon il n'y avait aucun débit de boissons à des kilomètres à la ronde dans cet endroit désert.

L'image du coffre au trésor de Daniele s'imposa à mon esprit un instant mais je n'allais pas fracturer deux serrures pour voler son whisky à mon boss. Bien qu'imaginer sa tête en découvrant l'effraction le lendemain me fit sourire encore plus. Je fixai la fille et penchai la tête en fronçant les sourcils. Elle était très belle mais avait l'air terriblement perchée. Iola l'aurait probablement trouvée fascinante et dessinée sur son carnet.

Son look, un peu destroy était un mélange de rose criard et de noir bombé d'inscriptions bien vulgaires et insultantes. Juste ce qu'il fallait pour faire un doigt d'honneur visuel aux bien pensants. C'était déjanté et hétéroclite mais ça ne parvenait pas à masquer sa féminité. D'une certaine façon, ça la soulignait même. Une attitude et des mots, un look totalement décalés  qui jurait avec ce qu'on devinait sous les vêtements ou ce qu'ils laissaient voir.

Il fallait d'ailleurs que j'arrête de la mater comme ça. D'une part parce que ce n'était pas dans mes habitudes, d'autre part parce qu'au lieu de ses collants je risquais d'avoir son poing dans ma gueule si je continuais. C'était un peu difficile d'arrêter. Au moins se concentrer sur son regard, c'était plus correct.

Ses yeux, très expressifs, n'avaient pas vraiment un aspect normal. J'avais remarqué le même effet de la dope sur le regard de Daniele. Cette petite étincelle de folie et de défi qui le faisait me regarder de côté avec un air totalement barré. Dans ces moments-là, si je voulais obtenir gain de cause sur un sujet technique, il valait mieux le flatter et ne pas le contrarier, étant donné qu'il était encore plus que d'habitude "The Best" à ses propres yeux. Dans certains domaines, il l'était aussi à mes yeux, d'ailleurs.

Mais avec cette fille, quelque chose me disait que la flatterie risquerait plutôt de me valoir un bon coup de genou ou de pied dans les burnes. C'était certainement le genre de femme avec qui manipuler des compliments, même sincères, sans précaution s'apparentait à secouer de la nitroglycérine. On allait éviter.

L'argent ou/et lui payer un verre à la rigueur, après l'avoir raccompagnée où elle voulait... Parce que quand même, je n'allais pas la laisser se geler les fesses à déambuler à pieds, même si elle me vendait son collant pour de la soie.

- Va pour vingt dollars, et si j'arrive à redémarrer ma caisse, je vous dépose où ça vous arrange. Enfin si vous voulez ... Parce que ça m'embêterait que vous preniez froid pour vingt dollars et la station de taxis est pas vraiment à côté.









@ Billy Lighter



Dernière édition par Ross Venor Malko le Dim 6 Mai - 20:58, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeDim 6 Mai - 18:15


Désinvolte Delta ? Jamais ! C’est juste une chatte, juste un gros pipi. Je me suis toujours demandé pourquoi les nanas, qui, soit disant, pissons plus souvent, devons nous cacher pour le faire alors que les mecs se gênent pas pour sortir leur engin et souiller les murs dans tous les coins. Du coup, quand je veux pisser, je pisse. Alors effectivement, je suis plus ou moins obligée de montrer mon cul, ce qui n'est pas le cas des mecs, injustice de la nature, mais qui n'a nulle besoin d'être confirmée par une injustice sociétale. D'ailleurs j’ai quelques astuces plus discrètes pour quand y’a trop de monde. Mais là je pensais être seule, donc raison de plus pour me mettre à l’aise. Je suis sûre que c’est un des rouages de la domination masculine. Les nanas qui doivent soit disant se cacher, être pudiques et propres et faire leurs besoins dans des endroits décents - putain je te jure, la liste de connerie ! - et ont soit disant des vessies plus petites, passeraient donc la majeur partie de leur temps à se retenir et à chercher un petit coin sympa pour faire pipi. Du coup, elles lisent pas, elles écrivent pas, elle écoutent pas de musique, elle picolent pas, elle rigolent pas. Et après on ose se demander pourquoi elles sont chiantes ?

Je prends la clope et je le laisse me l’allumer, de toute façon, je sais encore pas où j’ai foutu mon briquet, probablement au milieu de mes bombes de peinture et de mes postka au fin fond de mon sac. Je sourit et lève un sourcil à l’évocation de mes roulettes, puis je tire une grande latte sur la cigarettes et je réponds.

__ Aucune idée de combien coute un remorquage, et j’te fais pas raquer pour la tune, juste pour pas être en rade et crever de froid. Si j’avais de quoi me payer des collants neufs, j’te les donnerais, je vois bien que t’es salement en galère. Je t'aurais bien prêté mes roulettes, mais j’fais du 36.

J’éclate de rire, vu sa taille, le mec doit avoir des palmes à la place des pieds, je l’imagine en train d’essayer d’enfiler mes patins et ce avec mon collant à la place de son jean. J’ai beaucoup de mal à reprendre mon sérieux, je chiale tellement je rigole. Je vois quand même qu’il me mate, en même temps, vu mon look, j’ai un peu l’habitude, et encore, j’ai pas de crête, chez les punks, je fais partie des discrètes, mais de toute façon, je suis beaucoup trop perchée pour en avoir quelque chose à foutre. Par contre, je repars de plus belle quand je le vois se concentrer pour garder son regard au niveau de mes yeux. Il semble gêné. Quand à l’éventualité qu’il puisse la ramener, elle n’y avait pas pensé, et ça pourrait bien changer la donne...

__ Si tu me ramènes chez moi, se sera seulement dix dollars, pas b’soin de plus. Donc dix dollars si t’arrives à redémarrer et rien si t’y arrives pas, je récupère mes collants, je file à roulettes et je t’envoie de l’aide, à moins que tu comptes crever ici. Deal ?

Je suis une fille à roulette
Sur la route, j’file ma poulette
Je roule vite, c’est super chouette
Jamais j'm'arrête ! jamais j'm'arrête !

Une fulgurance me dévore. Le rythme est rapide, la gratte est saturée, la batterie devient folle. Je me baisse et fouille frénétiquement dans mon sac, je sors tout, je trouve rien. Fais chier putain ! Je vide le contenu de ma maison portable sur le sol. Ouf, un stylo et un bout de papier à moitié chiffonné, ça fera l’affaire. Je suis défoncée, je bouge la tête au rythme d’une musique que moi seule entends. Je tiens un tube, c’est certain. Mais à cette heure et dans mon état, les idées fusent aussi vite que les phares des voitures, et elles s’enfuient encore plus vite. Alors je suspends le temps et j'écris : la phrase qui vient de me venir en tête, deux trois notes sur le papier. Encore plus urgent qu’une envie de pisser, de baiser, de snifer. Je termine, je range mon bordel et je hoche la tête. J’y avais pas pensé avant, parce que je suis à la ramasse, que j’en ai généralement rien à foutre du monde qui m’entoure, que ça me concerne pas vraiment et que je suis trop speed et trop high pour me poser la question, mais qu’est qu’il fout dans cet endroit désert et à cette heure-ci ?

__ Mais déjà, qu’est-ce que tu fous ici ? Et putain, arrête de me vouvoyer où je t’en colle une.

Je lui lance, avec un regard de défi, un grand sourir espiègle et amical. Par précaution et par réflexe de survie, je passe les doigts sur ma chaîne. Prête à l’utiliser s’il prend mal ce que je viens de dire ou que, contrairement aux apparences, il veut plus que mon collant. Il a l’air d’apprécier la vue, mais pas de geste déplacé pour le moment alors qu’il pourrait tenter vu qu’il n’y a aucun témoin. Je me méfie quand même, les mecs ont tout un tas de stratégies pour abuser.

@ Billy Lighter

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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeDim 6 Mai - 22:41



Elle était plutôt cool en fait et apparemment pas du tout matérialiste... En même temps, l'esprit Punk ne va pas trop avec le matérialisme. Mais le fait est qu'elle ne cherchait pas à profiter de la situation comme je l'avais cru tout d'abord. C'était une vraie, une pure et dure. Enfin, pure, peut-être pas, quand même. Ca n'empêchait pas que j'aie un peu honte de lui avoir prêté de telles intentions. Je commençais peut-être à prendre le même état d'esprit que bien des gens dans cette ville. Si c'était ça, ça craignait.

Déjà un peu déstabilisé par cette peur d'être en train de devenir un gros enfoiré, je fronçai les sourcils de plus belle tandis qu'elle se mettait à rire comme une baleine en regardant mes pieds. Elle venait de sortir une connerie au sujet de ses patins qui avaient la taille 36. Je me doutais que sa joie avait un lien avec la taille de mes godasses. Mais tout de même. Il ne devait pas y avoir que cela comme sujet d'hilarité parce que là, elle était vraiment partie en roue libre.

Elle avait pris quelque chose, c'était sûr. Une raison de plus pour ne pas la laisser partir à roulettes dans cette nuit de février, avec ou sans collants. La descente était raide parfois avec la coke, valait mieux qu'elle soit au chaud quand elle surviendrait. Son rire s'envolait dans la nuit, sur ce parking désert. C'était beau J'essayais de rester sérieux mais j'avais, moi aussi, très envie de rire. Rire comme ça, pour rien, de mes grandes chaussures et de ses petites roulettes. Mais qu'est-ce qui m'arrivait, bordel ? Daniele avait planqué de la coke dans les conduits d'aération de BSC ? Un sachet avait pété ou été grignoté par une souris ? Paf la souris dans le pif ! J'avais snifé sans m'en rendre compte ? J'imaginais  bien le bordel tiens. Et maintenant je regardais ses lèvres ... et puis ses yeux et encore ses lèvres. Et elle riait encore plus fort.

Malko redescend !  ...

Je crois bien que je riais un peu aussi ... Elle m'annonça qu'elle était ok pour que je la ramène si ma caisse acceptait de démarrer. J'étais inexplicablement soulagé et content. J'allais répondre que j'étais d'accord, mais que pour les collants ça risquait de poser problème lorsqu'elle attrapa soudainement son sac et en déversa d'un coup tout le contenu à nos pieds. Ayant trouvé un stylo, elle se mit à griffonner sur un papier tout froissé. Durant ce laps de temps, un Tupolev aurait pu s'écraser sur le parking, je pense qu'elle n'aurait rien capté. Je la contemplais, médusé, en train de secouer la tête en fredonnant quelque chose de saccadé.

Elle était vraiment barrée ... Les yeux mi-clos, je la fixai, tout en inspirant la dernière taff de ma cigarette.  Je la regardais ranger tout le bazar dans son sac, aussitôt son délire fini. Elle avait sa vie dans son sac. Tout comme Iola et moi quelques mois auparavant. Je comprenais mieux pourquoi elle voulait que je lui paie ses collants. Ou que je les lui rende. C'était la dèche. Je connaissais trop bien.

Sa voix me tira de ma contemplation.

- Pourquoi tant de violence ? Plaisantai-je. Je bosse ici. Ajoutai-je en pointant le pouce par dessus mon épaule, en direction du bâtiment auquel je tournai le dos. Et toi ? Je peux te retourner la question ? Et c'était quoi, ce que tu écrivais comme une frénétique sur ton bout de papier gras ?

Puis, sortant une autre cigarette de mon paquet  pour masquer ma nervosité, je me l'allumai :

- Hmmm  Au sujet de tes collants, c'est pas que je voudrais pas te les rendre après les avoir utilisés...


Je marquai une pause. Est-ce que cette phrase des plus ambigüe allait me valoir un autre fou rire de la demoiselle ?

- Mais il faudra que je les lave avant. Et puis ils risquent d'être tout troués ... Le mieux ce serait que je t'en achète des neufs...

J'avais une envie de rire assez terrible en me souvenant de la gueule de la vendeuse lorsque j'avais accompagné Iola afin de lui en acheter quelques uns pour sa rentrée. Forcément, je m'étais fait refouler de la zone d'essayage. Et avais déclenché l'hilarité de la presque totalité des clientes, hormis quelques vicieuses qui me regardaient par en dessous ou d'autres qui prenaient un air offusqué en me toisant comme si j'étais le pire des pervers.

- Enfin, je veux dire... Je te donnerai les sous et tu iras, toi ! Deal ?

Je croisai les bras et répondis à son sourire un rien moqueur par un haussement de sourcils et un clin d’œil. Je l'aimais bien, ce sourire.

- Alors, je pourrais avoir les collants de Sa Majesté ? J'espère que t'as pas pissé dessus, hein !





@ Billy Lighter

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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeLun 7 Mai - 14:13

Contre les drogues, tout le monde peut agir… Mais c’est bien plus drôle de laisser couler. En l’occurrence, avec un demi gramme de coke dans le pif, des pieds de taille très différentes suffisent à passer un excellent moment. Enfin pour moi, car à priori le type n’apprecie pas mon humour. problème, je ne peux strictement pas m’arrêter. J’essaye. un peu. Ou pas. Je peux pas de toute façon et plus je le regarde plus je me marre. Du coup il pourrait mal le prendre, penser que je me fous de lui, ce qui n’est pas le cas. J’ai carrément oublié pourquoi je rigole mais que c’est bon ! trop bon pour m'arrêter. Tout mon corps est pris de sursaut et hop hop hop. C’est trop marrant de sentir ton corps faire ça… Ah le voilà qui rigole aussi. Moi j’en pleure, je peine à reprendre mon souffle.

Un refrain griffonné à la va-vite sur un bout de papiers, une proposition d’accord et une question posée avec, peut-être un-peu-trop-de-surprise-qui-ressemblerait-à-de-la-véhémence-mais-sans-faire-exprès, plus tard, nous voilà revenus à des choses plus terres à terre.

__ Je me demandais juste, vu que le seul truc que je connaisse dans le coin c’est les studios. Donc tu bosses à BSC. tu fais quoi, du métal ?

Il a un bon look de métaleux ouais, je parie là-dessus, la chevelure soyeuse en atteste. J'te jure, mes mecs et leurs cheveux... Il a du bol en tous cas, il a un contrat lui. Quoi qu’il en soit c’est plutôt cool de rencontrer un zikos de la BSC par hasard comme ça. Enfin face au studio, ce sont des choses qui peuvent arriver, mais à cette heure, moins. Mais je le connais pas celui-là, sa tête me dit rien, or comme certains des groupes de rockstar de LA sont un peu des idoles pour moi, je connais leur tronches. Lui non. Pourtant il est vieux.

__ Tu connais Daniele Ricci ? C’est mon manager. Enfin pas officiellement, ça fait deux ans qu’on attends un contrat. Je fais du Punk. Tiny Suicide, tu connais peut-être. Et là, ben écoutes, c’est ptet notre futur single, celui qui fera que cet en… trainant Jimmy Reed voudra bien nous signer. C’est cette histoire de patins à roulette qui m’a inspiré. La Sol Si, descente de drums, tac tac tac tac. Tu vois ce que je veux dire.

S’il est musicien, il voit très bien ce que je veux dire, même si y’a probablement des mots plus techniques et précis à utiliser, moi, je les connais pas, c’est déjà un miracle que je connaisse la musique vu mon cas extrême de rien à foutrisme.

__ Deal.

Je lui fais encore un grand sourire.

__ J’irais me payer des collants flambant neufs, mais je veux bien récupérer les anciens aussi, même troués et sales, si l’occasion se présente un de ses quatre. Ça pourrait faire un look d’enfer.

Cette fois, faut que j’enlève aussi mes godasses, alors vu les lacets, c’est un peu long, mais j’y arrive finalement, je me redresse, ouvre à nouveau mon short, l’enlève et fais de même avec les collants que je tends à…

__ Au fait, comme tu t’appelles ? Moi c’est Delta.

Et d’ajouter au sujet du pipi :

__ Ah, je garantie rien…

Je me rhabille en vitesse, pas que je sois pudique ou que mon short va me tenir plus chaud que ma petite culotte, mais quand même, je serais plus à l’aise avec ma chaine et sa lame à leur place. J’aime bien ce type, mais je le connais pas et j’ai souvent été déçue, surtout par des gens qui semblaient sympa à la base et en fait pensait qu’à me niquer ou pire. Je vais vers la voiture de Malko et je croise les doigts pour qu’elle redémarre, mes petites gambettes léchées par le vent d’hiver réclament de rentrer en caisse.

@ Billy Lighter

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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeMar 8 Mai - 15:47


Son fou rire avait fait couler son rimmel, et pourtant je la trouvais encore plus belle. Bordel mais cette phrase ressemblait à une rime, et cette rime à un début de chanson. Ça aurait pu s'arrêter là. Éviter de faire des dégâts. Mais je savais que quand le cheval était emballé, il était inutile de l'arrêter. Et tandis que je perdais pied à trop la regarder, elle, elle s'en foutait et continuait à me questionner.

- Je fais de la musique. Enfin, certaines musiques. Celles que je sais faire. bougonnai-je. Le metal en fait partie. Ça se voit tant que ça ?

C'était un demi mensonge. Officiellement je remastérisais juste de vieux standards signés par BSC dans la dernière décennie. Mais ma came, c'était le metal. Celui qui coulait des fonderies anglo-saxones. C'était dans ce créneau que j'étais persuadé d'exceller, même si Irina m'avait toujours dit que mon talent balayerait les frontières imposées par les guerres, les politiques et la culture. L'aveuglement que peuvent occasionner les sentiments ...  Irina pensait sincèrement ce qu'elle disait. Pourtant, à trente cinq ans, j'avais des cahiers entiers de compos et de paroles mais seulement deux malheureux albums enregistrés sur un petit label obscur derrière le rideau de fer.

La jeune punk parlait de Daniele. C'était son manager. Putain, cette fille avait obligatoirement un sacré talent. J'en étais sûr. Pourquoi ? Eh bien, je connaissais la légende du Roi Midas et ne pouvais m'empêcher de faire le parallèle. Tout ce que Daniele touchait se transformait en or. Je savais aussi que ce don avait un prix et c'est pour cette raison que j'avais une sorte de loyauté et d'amitié envers lui. Je connaissais le poids des malédictions. A sa façon Daniele était aussi secret que moi. Il y avait ce Ricci the Best que le bonhomme laissait voir et l'autre.

Cette malédiction, qui venait avec la notoriété, de ne jamais savoir pourquoi les gens, et même vos proches, vous apprécient vraiment. Je l'avais connue dans ma jeunesse. Même si c'était difficile à croire à présent que je vivais dans cette grande ville ou je ne connaissais presque personne, anonyme solitaire parmi la multitude, partageant un deux pièces insalubre avec une ado dont j'étais le père et qui manifestait le plus souvent toutes les apparences de la haine à mon égard. Mais à une époque j'avais été courtisé à l’écœurement, pour de mauvaises raisons.

A vingt ans, j'avais définitivement tout envoyé balader. Fiancée désignée par une caste et carrières prometteuses. J'avais tourné le dos à tout ça. Pour la musique, puis pour Irina. Ce qui avait poussé ma sœur Nikkie, pourtant ma seule alliée dans la famille, à dire de moi "mon frère est soit fou, soit né au mauvais endroit et au mauvais moment, soit amoureux, soit totalement révolté contre ce qui l'entoure". Ce à quoi j'avais répondu: "Nikkie je vous emmerde toi et la famille. Et, oui, je suis tout ça à la fois!"

Et j'avais ce putain de talent de faire d'une promesse une réalité. Je l'avais dans le domaine de la musique. Mais sur le plan humain, j'étais aussi miné que le pont de la rivière Kwaï. Irina s'en foutait. C'était bien la seule. C'était dans un autre pays, dans une autre vie. C'était il y avait longtemps. C'était deux ans auparavant. Le temps n'a aucune valeur en soi. Il ne veut rien dire. Les hommes lui ont donné celle de l'argent. Combien de fric je peux faire en cinq minutes ? Un mois, un an ? Une vie peut basculer en quelques secondes. Cinq secondes, c'est le temps qu'avait mis la balle tirée par ce soldat pour atteindre Irina entre les deux omoplates.

Je tapotai nerveusement ma clope pour en faire tomber la cendre .

La fille  me parlait de Tiny Suicide. Bien sûr que je connaissais. L'élève appliqué qui était toujours tapi en moi avait épluché le carnet d'adresses de Daniele Ricci avant même qu'il me file un rendez-vous pour l'entretien d'embauche. Je les connaissais de nom et de ce que j'en avais écouté, car à la base, j'avais été appelé suite à mon annonce par le manager de Roadtramp. Donc j'avais mis le paquet sur Roadtramp dans mes recherches pré entretien et même après.

C'était sur la tournée de Roadtramp que j'étais censé bosser. Mais plus les jours passaient et plus j'attendais le fameux rendez-vous de rencontre avec le groupe, plus je voyais Ricci courir dans les couloirs de BSC, souvent une bouteille à la main, sans jamais m'en parler, plus je me posais des questions. Pas qu'il m'évitait le Daniele. C'était pas son genre. Si vraiment je ne lui convenais pas, il me dirait simplement, "prends tes affaires mec, tu es viré". J'étais quasi persuadé qu'il avait capté mon potentiel, tout comme il captait celui des groupes. Le souci ne venait pas de lui. Mais il y avait une couille dans le potage avec Roadtramp.

Quelque chose me disait que l'affaire allait tourner court. Peut-être que j'aurai dû fermer ma grande gueule sur ma façon de bosser avec les musiciens. Dire que j'allais être sur leur dos pour leur bien n'était peut-être pas la meilleure chose à faire. Et affirmer qu'il fallait vivre avec eux pour comprendre l'essence de leur musique et mieux la servir avait pu être mal interprété.

A ce que j'en avais entendu dire, c'était des fêtards invétérés et même leur manager ne s'en était pas caché. Des bosseurs mais des fêtards. Ils n'avaient peut-être pas envie de bosser avec un type trop rigoureux et à cheval sur la discipline de vie en tournée, ni de se taper un chaperon de longue. Et en y réfléchissant, c'était l'image que j'avais donnée de moi à Daniele. L'image qu'il avait du transmettre à ses poulains. La plus grande méprise de la carrière de Ricci. Mais bon, je n'avais jamais été doué pour me vendre aussi.

Pourtant j'avais écouté avec plaisir le répertoire entier des petits gars. J'avais tellement reconnu en eux les compagnons de routes de mes premières années de musicien que je les avais immédiatement pris en en affection musicale. Mais était-ce une bonne chose ? Peut-être pas. Je sentais en moi une telle envie de foutre un gros coup de pied et de renouveau dans l'establishment qu'il me fallait peut-être plus qu'un groupe composé d'amis soudés dans la cohérence d'une fête continue, si doués musicalement fussent-ils.

Le metal qui me composait, me collait à la peau était bien plus sombre que ce que la cité des anges pouvait entrevoir. Bien plus torturé et barré. Du coup je n'avais pas envie d'évoquer Roadtramp avec la fille qui allait me filer ses collants. Ç’aurait été comme me foutre moi-même une étiquette qui ne me convenait pas vraiment. Et putain, il m'avait fallu me trouver devant cette fille totalement perchée pour en prendre conscience.

Mais des Tiny Suicide, je voulais bien en parler. Toujours cette fâcheuse vieille habitude aussi de faire bifurquer la conversation sur un autre sujet que moi. Je me souvenais de plus que de deux titres lancinants à la joie macabre. Je me souvenais d'une rage et d'une fraîcheur authentique, si tant est que fraicheur puisse convenir à du punk.

- Tu fais partie des Tiny Suicide ? Sérieux ? C'est toi la chanteuse ?  "Don't ask me why "? Ouais, je connais.

Je faillis dire que j'avais même entendu leurs différentes prises studios dans des archives et que j'avais ragé sur le traitement infligé à ces deux titres composant le single. Faire du "True", que ce soit en matière de punk ou de metal, d'ailleurs, ne voulait pas nécessairement dire pour moi enculer l'auditeur, où alors il fallait le faire avec élégance. Ce qui n'avait pas été "audiblement" le cas. Je réduisis ma réflexion à la part congrue de l'affaire.

- Le Punk est né dans cette putain d'Angleterre. T'imagine même pas la vague que ça a généré sur l'Europe. Laisse-lui le temps de franchir l'Atlantique et ce putain de continent. Où alors anticipe-là! Mais y aurait un créneau vierge à explorer, clairement pour un groupe comme vous. Et si y en a pas, à vous et aux gens qui bossent avec vous de faire en sorte de le créer. Les oreilles sont pas encore trop rodées à ce genre de son par ici. Les techniciens pas mieux. Et puis merde aux créneaux ! L'important c'est d'être sincère avec soi-même. Les autres on s'en branle. Répondis-je autant au sujet des Tiny que pour moi-même.

Sauf que la sincérité ne m'avait pas apporté grand chose pour le moment. Je fronçai les sourcils en réfléchissant. Bien sûr que si. Ça m'avait même permis de conserver l'essentiel. Être capable de me regarder dans un miroir les jours où je décidais de me raser. Le monde était rempli de 90% de gens cool gouvernés par 10% d'enfoirés. C'était juste le deal à prendre en compte selon moi. En ne suivant pas les 10 % on savait que, forcément dans les 90% restant, on trouverait ce qu'on cherchait.

- Qui ne connait pas Daniele Ricci dans cette putain de ville ? Si tu l'as comme manager, c'est qu'il croit en toi. C'est pas le genre à s'encombrer de poids morts. Et lui, il vient d'Europe. Il a déjà entendu ce genre de son. Tôt ou tard il vous décrochera ce contrat. Avec un bon single bien mixé, y a plus de chance. Et, ouais je vois parfaitement ce que tu veux dire. Une ligne rythmique bien couillue et une saturation dans les aigus, avec une voix rauque et des paroles incisives ? Content d'apprendre que notre rencontre t'aura au moins servi à écrire une chanson ! Achevai-je en me marrant.

Apparemment, elle avait une dent contre le big boss. Le type au brushing impeccable que j'avais vu dans une revue à Fairfax. Ce qui me tira encore un sourire. Décidément, cette fille allait rafler le record de sourires soutirés à Malko depuis son arrivée sur le sol américain.

Je secouai la tête en tirant sur ma clope tandis qu'elle me tendait son collant, et que, trop con, j'avais une fois de plus détourné la tête. C'était tellement débile, cette coutume qui imposait à un mec, sous prétexte d'une pudeur à la con, de détourner le regard de celle qu'il convoitait. On avait des tonnes de coutumes comme ça au pays. Mais bon, c'était pas cool  pour elle que je la convoite. Son seul tort était de se trouver là quand ma caisse me lâchait et de bien vouloir me dépanner avec son putain de collant.

- Je m'appelle Jaroslav Venor Malkovitch. Mais on m'appelle soit Ross, soit Malko, soit Venom. Fais ton choix !

La première fois que je prononçais mon nom entier depuis que j'avais posé le pied sur le sol américain. C'était venu naturellement et je me mordis les lèvres. Trop tard ! "Oublie de la convoiter. D'abord tu n'as plus de raison de convoiter quiconque. Irina est morte." Oui, mon esprit avait bien enregistré l'information il y avait plus d'un an. D'ailleurs, depuis, il était en mode "freeze". Laquelle était transmise depuis des mois à mon corps et mon second cerveau qui se contentaient de la veuve poignet. Sauf que, bordel, en février, on ne s'attend pas à un coup d'hormones. Les joies de l'accouplement, c'est plutôt en avril pour les mammifères non ?

Et puis j'avais pas envie d'une baise de soulagement. J'avais assez donné durant la traversée  du continent, quand Iola dormait et que je m'éclipsais pour rejoindre le coup d'un soir. Les trucs sordides avec des femmes qui étaient aussi paumées et seules que moi, je n'en voulais plus. Peut-être simplement parce que j'en avais eu mon content. Et que je me sentais encore plus seul après. J'avais besoin de temps pour accepter l'inacceptable. Si tant est que j'y arrive un jour. Pandora disait que je le devais, au moins pour le bien de ma fille. Qu'avoir un père qui a une gueule de déterré suicidaire, c'était pas bien pour une gamine. Un déterré suicidaire ! L'image m'avait fait sourire par son incohérence technique. Et d'ailleurs j'en avais immédiatement tiré une chanson que j'avais chantonné dans l'oreille de ma voisine de pallier. Un bon moyen de tourner la conversation en dérision. Ce qui n'avait pas manqué de l'exaspérer.

Depuis que j'étais arrivé à L.A. j'avais rencontré des gens. Quelques uns étaient devenus plus proches. Certains, animés de bonne intentions, avaient sans le savoir attaqué mes retranchements. Mais même le légendaire Daniele Ricci n'avait pas réussi à me faire parler. Il m'avait à sa botte artistiquement parlant, pour ainsi dire. Il savait que je gérais seul ma gamine, tout comme Miss Hunt, la directrice de Fairfax. Mais c'était la seule transgression du code. Parler de soi, c'est se rendre vulnérable. Même à Pandora et Duncan, je n'étais pas parvenu à m'ouvrir plus. Pourtant j'avais essayé. Pourquoi en serait-il autrement avec cette fille qui me tendait ses collants ?

Elle s'était ressapée assez vite. Le froid de février, même moins mordant que dans ma Pologne natale, était renforcé par un petit vent de terre. Elle avait ramassé ses affaires et sautillé vers ma vieille mustang. Finissant ma clope, je la suivais, le collant à la main. A sa réponse provocatrice, je m'étais marré en le sentant et j'avais marmonné .

- Sympa! J'espère que ma caisse est pas susceptible ... Je te le montrerai après usage et t'en feras bien ce que tu veux. Mets toi au chaud à l'intérieur et allume le lecteur cassette si tu veux. J'ai pas de radio, j'aime pas la radio.


J'avais l'habitude de n'écouter que des trucs maison. Ma façon de bosser même en chemin. La dernière chanson que j'avais du écouter était située juste avant une reprise que j'avais fait de In my Defence un standard de Freddie Mercury. Pas vraiment punk à moins de le transformer en "In my défonce".

Il me fallut dix bonnes minutes pour remplacer la courroie pétée par le collant. La méthode D, j'avais appris à connaitre quand j'avais renoncé à ma vie de fils de bonne famille. J'avais acquis quelques rudiments en mécanique, bien obligé quand on servait aussi de chauffeur/mécanicien de tour bus pour un groupe encore trop peu connu. Après une bataille rangée avec la mécanique de Détroit, je fermai le capot et montai dans la voiture en claquant des dents et  lui balançai une courroie toute crade et cuite sur les genoux.

- Voilà à quoi vont ressembler tes collants quand je te les rendrai. Maintenant croise les doigts que ça fonctionne et que ça tienne jusqu'à la ville. Tu veux que je te dépose à quel endroit ? Je peux t'offrir un verre ? Histoire de te remercier ?


@ Billy Lighter

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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeJeu 10 Mai - 10:28

Alors que Malko me demande s’il était si évident que ça qu’il faisait, ou au moins aimait, le métal, je lève un sourcil entendu accompagné d’un sourire en coin et fait oui de la tête. Le genre de oui qui veut dire : tu sais pas à quel point. En effet, les personnes de sexe masculin portant les cheveux plus longs que Delta avaient de fortes probabilités statistiques d'être métalleux.

__ Désolé mec, t’es grillé capillairement parlant.

Après un petit moment, il parle des Tiny Suicide. Ben merde ! Il nous connaît ?! Je suis surprise, agréablement surprise. Pas peu fière, un large sourire éclaire soudain mon visage. Il semble enthousiaste en en parlant, en tout cas il n’a pas vomi, ce que le punk peut parfois provoquer.

__ Ouaip, c’est moi, Delta, chanteuse, Tiny Suicide. Tin nin !

J'écarte les bras en mode c’est moi que v’la, the best ever. Je pourrais y croire, mais non, c’est pour me marrer. Moi j’en ai rien a foutre d’etre la meilleure, je fais de la musique parce que c’est bien le seul taf que je sais faire et que je peux faire sans renier mes valeurs et sans renoncer à la dope. Et quand je chante, sur scène ou en studio, je vis, j’ai l’impression d'être pleinement moi même et bien plus encore, de respirer vraiment, sans entrave.

Au départ, le discours de Malko me semble très politique, beaucoup trop complexe pour moi, je capte pas un branque de ce qu’il baragouine. Mes yeux s’ouvrent de plus en plus ronds. Je vais pour le couper, pour lui dire : Arrête de me faire mal au crâne avec tes conneries mec, c’est du punk. Sauf que ca va, il finit sur une bonne note qui m'empêche de virer en bad trip.

__ Les autres on s’en branle ! Exactement !

Je me marre quand il évoque la notoriété de notre cher Dany, c'est clair, tout le monde le connaît, espérons que tout le monde ne connaisse pas ses travers et sa face sombre. Nan,en fait, ca aussi on s’en fout.
Quand a sa comprehension de mon explication sur la chanson qui vient de naître, il tombe tellement juste avec ses mots que j'aurais même pas penser à utiliser, que je suis abasourdie. Je le regarde avec la bouche ouverte, jamais personne n’avait traduit mes délires avec tant de précision. Mise a part qu’on dirait un dictionnaire de musique, c’est plutôt cool. Passée la surprise de rencontrer quelqu’un qui lit dans mes pensées et parle comme un bouquin. Il faut encore le temps de retrouver le mot et qu’il parvienne à franchir mes lèvres toujours ouvertes. Je m'exclame enfin :

__ Carrément !!

Je sais pas quoi dire de plus a part :

__ Merci.

Parce que je me sens soudainement un peu moins seule sur ma planète. Je souris bêtement en me répétant les mots qu’il a utilisés comme une prière, comme une chanson. J’entends encore mieux la musique dans ma tête grâce à ses mots, comme s’il avait nettoyé la bande. elle n’a jamais sonné aussi claire, aussi nette, la saturation a juste ce qu’il faut de crado, la batterie envoie sévère, la basse appuie là où ça fait mal, c’est juste magnifique. Je bouge le pied sans m’en rendre compte, mon coeur bat la chamade et un frisson orgasmique parcourt mon échine.

A nouveau, j’ouvre de grands yeux alors qu’il m’énonce son nom.

__ Heu ok, j’ai rien compris. Donc Malko.

Je rigole d’autant plus quand il renifle mes collants et me sort une vanne. Je le trouve de plus en plus cool à mesure qu’on discute. Je serais bien restée dehors pour la conversation, sauf que j’ai les jambes congelées et je suis curieuse d'écouter sa cassette.

J'écoute… c’est clairement beaucoup trop propre et mielleux pour moi. Je vais jusqu'au bout quand même, mais c'est pas ma came. Y’a trop de choses pour que j’arrive à comprendre le message, l’émotion, et si je suis pas touchée, si la musique me fait pas vibrer, frissonner, alors j’ai du mal à écouter. Du coup, quand Malko entre se mettre au chaud dans la voiture, la première chose que je demande c'est :

__ T'as pas autre chose ? Plus péchu...

Je hoche la tête en observant la courroie qui vient de laisser une grosse trace noire sur mes jambes. Zffecrivemeny, j’aime le grung mais la ca dépasse les possibilités de style, je garde un petit espoir, mais vraiment tout petit, cependant il est plus probable que mon collant ressorte de cette expérience bon a foutre a la poubelle, même pour moi.

__ Ah ouais, ptet que c’est mort. J’en rachèterais.

Je croise les doigts d’autant que si ca fonctionne pas, on est deux a être dans la merde.

__ J’ai envie dire : aussi loin que nous portera mon collant et ton bricolage. Mais pour une raison bien terre à terre, je veux bien qu’on passe chez moi. Je peux pas aller dehors avec les jambes à l’air, faut que je me change. Mais je veux bien un verre, histoire de continuer à parler zik, parce t’as pas à me remercier.

@ Billy Lighter

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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeVen 11 Mai - 1:02


J'avais déjà souri lorsqu'elle m'avait dit n'avoir rien compris à mon nom. Mais je m'étais tû, trop habitué à ce genre de réaction. Et puis elle était sans aucun doute pas vraiment disponible pour capter des sonorités étrangères. D'ailleurs, peut-être bien que si elle me donnait son nom entier, je serais aussi décontenancé.

Alors que je claquai la portière de la voiture, elle m'avait directement demandé si j'avais pas quelque chose de plus énergique et je l'avais regardée avec un air un rien sadique. Cet air qui faisait éclater ma fille de rire avant qu'elle me traite de psychopathe. Si Delta s'attendait à du cliché, elle risquait d'aller de déconvenue en déconvenue avec moi, mais je la sentais assez "hors champ" pour s'adapter aux montagnes polonaises de Malko qui n'avaient rien à envier aux russes.

Ok, à sa décharge, je devais bien reconnaître que la majorité des metaleux portait les cheveux longs et que je pouvais donc ressembler à un cliché sur pattes à ses yeux. Mais sur le plan musical, j'étais tellement protéiforme que tenter de me coller une étiquette aurait été forcément réducteur. J'avais le rock'n'roll chevillé à l'âme, mais mon cœur vibrait pour l’Opéra et les grands compositeurs classiques.

D'ailleurs, ils avaient été ma première culture musicale. Le jazz me portait loin et le metal m'avait cueilli à quatorze ans lorsque j'avais entendu Black Sabbath pour la première fois. Le punk parlait à mes tripes. Il y avait en moi une sorte de rage et de nihilisme hérités de mes lectures de Bakounine mais surtout incendiés par mon vécu, qui trouvait écho dans cette vague niant toute filiation, repoussant toute tentative d'inféodation. Quand j'écoutais ou jouais de la musique, j'étais hors de toute soumission. La musique était  avec Iola, le seul barrage qui m' avait empêché de me faire sauter au milieu de la Rynek Starego Miasta.


- Dans quel sens, plus pêchu ? T'es sûre de vouloir gratter? Parce que tu ouvres un dossier plutôt vaste et le trajet sera pas assez long pour tout découvrir. Regarde dans la boite à gants et pioche entre les cassettes noires, rouges ou blanches.  Prends celle que tu veux. C'est une partie d'un tout. C'est la musique que je fais. Une main innocente pour trancher!
Dis-je en tournant la clef de contact.

La boîte à gants:
 

Le moteur vibra et se mit en route, ce qui n'avait rien d'étonnant en soi. C'était la suite qui allait être décisive. Soit les collants ne tenaient pas et je pétais mon moteur par un manque de ventilation qui allait rapidement se traduire par une "odeur de chaud" avant qu'il ne rende l'âme, soit le dépannage de fortune fonctionnait et on allait pouvoir avaler les kilomètres dans mon antiquité. Les secousses de l'ajustement dans les poulies se transmirent dans toute la carrosserie. Le collant de la Miss semblait tenir bon tandis que j’accélérai pour sortir du parking et m'engageai sur la route déserte à cette heure-là.

Les deux bandes blanches parallèles de la route défilaient sous nos roues et je me sentais presque plus nerveux de savoir quelle cassette elle allait piocher que du bruit du V8 légendaire qui ronflait sous le capot rouillé. C'était bien la première fois depuis mon arrivée au pays de l'Oncle Sam que je me souciais de ce que quelqu'un pouvait penser de ma musique. Jusqu'à présent j'avais été attentif tout d'abord aux besoins essentiels de ma fille, puis dernièrement, à ce que Daniele pouvait penser de mon travail sur la musique des autres, ça oui. Et encore, relativement. Bosser avec lui me plaisait, c'était clair et j'aimerai autant que possible continuer. Mais s'il me virait, je n'étais pas du genre à jouer les pleureuses. Que pouvait-il m'arriver de pire encore ?

Que ma fille n'aie pas droit à toutes ses chances de choisir sa vie ? Aucun risque. Il faudrait me casser les deux bras et les deux jambes pour ça. Pour éviter ce pire, j'étais prêt à bosser comme plongeur dans les restaurants, décharger des containers sur les docks ou même vendre mon cul à des pervers. Rien ne pourrait m'arrêter pour qu'elle reste à Fairfax. Ce que serait ma putain de vie pendant ce temps n'était qu'anecdotique. Jusqu'à présent, m'oublier pour qu'elle aie un avenir me semblait évident.

Être prêt à tout donner pour ne pas perdre l'essentiel, c'était parfois ce qui faisait la différence.

L'adversité ? Je faisais partie d'une frange de la population qui l'avait déjà affrontée en face à face. Bosser de mes mains, nettoyer la merde, porter des caisses, tout ça je l'avais déjà fait par passion, pour choisir ma vie contre le destin qu'on m'avait tracé, pour pouvoir faire ma musique. Ce que j'avais déjà fait pour ma première passion, je pouvais le refaire pour celle qui était venue bousculer ma vie un soir d'automne. Quand Irina m'avait demandé de mettre ce sac en toile dans la voiture pour aller à la maternité. Pour Iola, j'étais prêt à tout, comme toujours quand j'accordais une place dans ce putain de cœur noir qui battait sous mon cuir.

J'avais donc appris à me foutre de ce que les autres pouvaient penser de ce que je faisais pour Iola malgré elle, tout autant de ce que les autres pouvaient penser de ma musique. A fortiori depuis que plus personne n'avait le loisir de l'écouter. Mais ce soir, il fallait qu'une jeune chanteuse punk, à moitié partie et totalement barrée, vienne me foutre le flip au sujet de ce que je valais. Même sachant que ce que j'avais enregistré était écoutable pour quelqu'un qui aurait une sensibilité plutôt rock'n'roll, il n'en restait pas moins que c'était totalement hétéroclite et déroutant. Elle n'aurait sans doute pas le temps de passer de l'un à l'autre, et c'était tant mieux pour le moment.

Cela m'éviterait notamment de répondre à des questions embarrassantes du genre "c'est pas toi, c'est pas le même mec qui chante sur ça et çi et qui a composé cela et ceci ?"  Cela m'éviterait de répondre par un "hé ben si ! " peu crédible.  Ok bon, je ne pouvais que m'appliquer mes propres principes à la con. Parmi lesquels un avait été traduit par ma voisine, cette espèce de sorcière de Pandora par "ahh en fait vous êtes Charles dans les Marvel."Je ne savais foutrement pas qui était ce Charles, ni les Marvels.

Cette vieille folle avait alors cité un truc "La mutation c'est la clé de notre évolution, c'est elle qui nous a mené de l'état de simple cellule à l'espèce dominante sur notre planète. Le processus est long et remonte à la nuit des temps. Mais tous les 2 ou 300 000 ans l'évolution fait un bond en avant."

Et bon, sa citation tirée d'une bande dessinée tombait exactement à point. C'était exactement ça ! Mon intime conviction. On ne progressait qu'un temps dans la douceur de la matrice et à toujours évoluer dans sa zone de confort. Ce qui nous faisait grandir, c'était la confrontation avec l'extérieur, ses obstacles, ses coups, ses jugements, ses refus.

Delta ne comprendrait probablement pas ce qu'elle entendrait. Cela n'aurait rien de surprenant. Nombre de personnes, dans mon pays d'origine, ne l'avaient pas compris non plus. Le continent américain n'était pas mieux préparé à accepter ce genre de musique que l'Europe de l'Est. L'Europe de l'Ouest et du Nord commençaient à s'y ouvrir. Les mentalités évoluaient moins vite que le son ne se propageait, c’était une loi physique. Je repensai à notre conversation en m'allumant une clope avant de tendre le paquet à Delta. Je baissai la vitre et le vent s'engouffra dans l'habitacle, faisant voler nos cheveux.


- Tu connais la théorie du chaos ? Tu en penses quoi ? Tu sais que toi et moi, nous tous, sur cette putain de planète, nous obéissons à des codes prédéfinis par notre héritage. Tu vois des tiffs longs sur un mec, et tu penses "metaleux". C'est pas si simple, faudrait que je t'explique. Tu penses peut-être aussi que les tatoos qui ornent ton corps - ouais, j'en avais repéré des bouts ici et là sur sa peau- ne sont que le fruit de ta volonté individuelle. Peut-être que je t'expliquerai si tu es sage ou pas.


J'écrasai ma clope consumée dans le cendrier et posai mon bras sur la portière dont j'avais baissé la vitre. Puis je l'ôtai pour la remonter, pensant subitement qu'elle pouvait avoir froid.

-Avancer, c'est casser ces codes. Obéir/ordonner: c'est le code premier qui régit notre espèce. Tu as cette dualité prédateur/proie. Conseiller, c'est le pire: c'est l'enculage de base qui consiste à dire "je ne t'ordonne pas comme un méchant. Je te conseille parce que je suis un gentil, mais au final, j'attends de toi que tu obéisses. Parce que tu vois, je pense que mon avis prévaut sur tous les autres et j'ai un pouvoir sur toi donc j'en jouis." C'est le loup qui s'assume pas et qui porte une doudoune de mouton ... Ridicule non ? Pire, à gerber.


Je passai machinalement ma main dans mes cheveux et m'étirai, puis sollicitai le moteur qui ronronnait à présent comme une vieille montre. Le silence se glissait entre le bruit des pistons et la musique. Elle devait penser que je carburais à un truc puissant qu'elle n'avait jamais goûté. Elle n'avait pas tort. Elle devait simplement chercher le nom de la came qui coulait dans mes veines. Ça faisait longtemps que je n'avais pas dit ces mots à haute voix et la dernière fois que je les avais chantés, j'avais fini en garde à vue, puis incarcéré dans le quartier de dégrisement/sevrage de la prison de Gdansk, comme si pour tenir ce genre de raisonnement, il fallait nécessairement être bourré ou camé.

- Je sais pas si on se recroisera un jour. Mais tu m'entendras jamais conseiller. Soit j'ordonne parce que mon intégrité en dépend. Soit je propose et chacun fait son choix. Le conseil, c'est la pire des hypocrisies. C'est la menace larvée : "si tu ne suis pas le modèle proposé, tu vas disparaître, mais ce sera ta faute, parce que tu ne veux pas être comme les autres". Conseiller, c'est de la merde, ordonner c'est la dictature, proposer c'est la porte ouverte à la discussion. Chacun doit être force de proposition. Tu vois, enfin , je veux dire, des gens comme moi, on propose notre musique et notre vision du monde et ce que les autres en disent on s'en tape. Ils aiment ou ils aiment pas. Point barre. Ça reste une proposition, pas une mode. Mode, ça vient de modèle et ça pue.

Je me tus et me concentrai sur le ruban d'asphalte qui courait devant nous. J'aurais voulu un orage d'été et des éclairs zébrant le ciel, mais au lieu de cela, un ciel de février froid et limpide exposait les étoiles à travers le parebrise. J'allumai une autre cigarette- j'aurais jamais autant fumé que ce soir -et tirai une taff en chantonnant la mélodie qui défilait sur la bande, mélodie que je connaissais sur le bout des cordes.

- Au fait, tu as un nom incompréhensible à me donner ? Parce que Delta, c'est rock mais je suppose qu'il y a autre chose devant et derrière, sinon je vais croire que t'es une de ces putains de cheerleader girls faisant partie d'une confrérie universitaire à la con.

Alors que nous entrions dans l’agglomération huppée de Los Angeles, je profitai d'un feu rouge pour ouvrir la vitre Puis je me tournai vers elle et plongeai mon regard dans le sien avant de demander:

- Ton adresse, c'est par là ? Si c'est le cas, je te préviens, j'ai pas les accréditations pour ce coin. Dans l'underground, il y a un autre under. Donc je vais devoir t'attendre dans la caisse et probablement pas dans le parking de ta résidence qui est trop clean pour elle. Au sujet du verre, tu as le choix, si tu redescends de ton nid d'aigles après avoir mis tes jambes au chaud. Soit chez Malko, soit au King Tacos dans la troisième rue. Je parle d'Eastside, bien sûr ... Et pour continuer à parler musique, ben chez le roi des Tacos, ce sera plutôt Ritchie Valens. Mais c'est à ton bon plaisir.







@ Billy Lighter



Dernière édition par Ross Venor Malko le Sam 19 Mai - 0:44, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeJeu 17 Mai - 16:07

Mes lèvres s’écartent en un large sourire alors qu’il me regarde d’un air de psychopathe gentil. Si plus pêchu ça lui parle au point de me regarder ainsi, alors on va bien arriver à s’entendre, je sens que je vais pas être déçue. C’est alors que la voiture démarre, je lève le pouce pour féliciter Malko, ça veut dire qu’on va pas mourir de froid dans ce coin désert et que la coopération triomphe toujours.

__ Bien joué pour la voiture Malko. Par contre, tu sais ce qu’elle te dis la main innocente ?

Je lui montre un point fermé duquel, tout doucement, je fais sortir mon majeur. Le tout en passant d’une tronche faussement énervée à un large sourire presque enfantin. Mais c'est pour démystifier tout de suite l’innocence, pour le reste, je suis carrément partante. J’ai une culture musicale proche du néant, comme le reste de ma culture d'ailleurs, sauf peut être concernant l’anarchie. J’y connais rien, tout ce que je connais c’est ce que d’autres m’ont fait écouter, les routiers d’abord, mes potes punk ensuite, Daniele, Sid et Deb pour finir. Je cherche pas plus loin. Un morceau me parle, me donne envie de bouger, de chialer, j’aime, j’écoute. S’il se passe rien, j’écoute pas et c’est tout. Je suis mon instinct. Déjà dans la vie, je sais pas trop faire autrement, mais parfois, je réfléchis un peu. Mais pour la musique, je sais carrément pas faire autrement, et il en est de même pour ce que j'écoute et apprécie que pour ce que je compose et écrit.

Une fois ma connerie faite, par principe, parce que ça fait au moins cinq minutes que j’ai pas été injurieuse ou insolente et que si ça dure trop longtemps, le monde risque de devenir trop sérieux pour moi et d’imploser. Je fouille donc dans les cassettes et en choisis une au hasard, la blanche, avant de l’enclencher dans le lecteur et d’appuyer sur play.

OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII Aux premiers accords je sais que ça va me plaire, le son vient de me péter les tympans et j’adore ça, je monte d’ailleurs le volume. Je pourrais décortiquer ce que j'écoute, mais j’ai pas envie alors je me laisse bercer par l'énergie de la musique, si on peut utiliser le mot bercer, parce que c’est plutôt… secouer. La mélodie est très la gratte défonce, petit solo juste énorme, la batterie, c’est, heu, j’ai pas de mots, Je bouge la tête en rythme, mes cheveux cachent mon visage, on dirait que je suis prise de spasmes parce que clairement la place dans la caisse est trop petite pour que je puisse danser comme j’aimerais, mais je m’amuse. Le deuxième morceau est un peu plus étrange, mais plaisant aussi. Le chanteur assure définitivement, je suis un peu jalouse d’ailleurs, tellement ça semble facile alors que je sais que ça ne l’est pas tant que ça. Mais du coup j’ai carrément envie de gratter, et ce de plus en plus.

Je tire une clope du paquet que le polonais me tend et l’allume. Je remercie Malko d’un hochement de tête.

Bientôt, la musique fait place à un long - très long - monologue. Trop long pour moi, mais j’écoute, et même si je pige pas tout, je trouve ce qu'il raconte plutôt juste, assez proche de ma pensée. Encore une fois, j’ai l’impression qu'il traduit en mots ce que je pense. Mais se sont des choses intimes ça, ce que je pense de la société, c’est un peu difficile à partager avec qui que se soit alors que je suis presque sobre. En plus, lui je le connais pas, on est deux dans une voiture, pas moyen de m’échapper. Je me sens bizarre, faut que je dise une connerie, ça devient beaucoup trop sérieux. Je sais pas trop quoi répondre, mais est-ce bien nécessaire ? Je le regarde et sourit bêtement un peu comme si j’avais rien compris. Je serre mon sac dans mes bras, j’ai envie de me repoudrer le nez, mais ça va être le bordel pour préparer tout en roulant et en dansant. Il me faut un bon moment pour dire finalement :

__  Moi je pense que c’est la perversion des rapports de domination qui ont pourri la nature humaine et que l’Anarchie est la solution, mais que comme les gens sont trop cons pour s’en rendre compte, il ne suffira peut-être pas de proposer dans l’urgence de faire naître un monde nouveau avant l’extinction. Cela dit après, on s’en fout, si la race humaine crève elle laissera probablement sa place à une autre forme de vie et c’est très humain mais pas nécessairement une bonne chose de vouloir préserver l’existence humaine sur terre.

Voili voilou… Effectivement je propose ma musique et ce qu’en pensent les autres je m’en fous même si ça m'arrangerais bien financièrement que quelques personnes au moins apprécient, achètent et me fasse ainsi vivre de mon art et de ma passion, parce que je sais juste rien faire d’autre à part zoner et me camer, mais c’est un détail. Par contre ma vision du monde, j’ai de plus en plus de mal à supporter d’être la seule à voir les choses comme je les vois, pour moi c’est tellement évident que je ne comprends pas comment on peut-être aveugle au point de croire que le système de domination est naturel et qu’il promet un avenir à l’humanité.
Trêve de plaisanterie, ou plutôt de conversation trop sérieuse, Mako me demande mon vrai nom, mais avant de lui donner j’explose de rire à l’évocation d’une confrérie étudiante, s’il savait d’où me vient ce surnom… rien à voir.

__ Rassures toi, je ne suis pas une cheerleader membre d’une confrérie universitaire. Je m’appelle Megane Tyler, mais je préfère vraiment qu’on m‘appelle Delta, Megane Tyler est morte il y a trois ans, et comme tu le vois, je suis bel et bien en vie. D’ailleurs je sais même pas d’où vient ce nom, Megane Tyler, si c’est mon vrai nom ou quoi, alors qu’au moins Delta, c’est moi qui l’ai choisi et je sais d’où il vient. C’est le nom du premier camion dans lequel je suis montée pour venir ici. Le mec m’a demandé mon nom et comme je voulais pas lui donner mon vrai nom mais que je savais pas quoi dire, j’ai lu ce qui était marqué sur son camtar. J’ai gardé ce surnom parce que… c’est le début de ma vraie vie.

Je détourne le regard, mes yeux scrutent les lumières de la ville, la route qui défile, je me souviens de ce premier pas vers la liberté, celui qui coûte le plus, peut-être, celui qui fait le plus peur en tout cas. C’est ce jour là qu’était née Delta et que Megane Tyler, qui n’avait ni passé ni avenir, était morte dans ses putains de champs de maïs. Une nouvelle intervention de Malko me tire de ma rêverie.

__  Je t'autorise expressément par les pouvoirs qui me sont conférés à venir étaler la vieille tôle de ta carcasse à moteur en bas de chez moi quitte à faire flipper les voisins, de toute façon, ils ont déjà peur de moi et ne m’aiment pas, beaucoup, mais on peut pas se faire virer parce que que c’est Daniele Ricci qui paye et que personne ne renoncerait à son apport financier, malgré les petits problèmes que cela engendre. Si tu veux tu peux même monter, mais hélas, il n’y a rien de comestible au frigo, on a tout bu depuis un bout de temps, sauf le café, si tu veux un café.

J’indique à mon chauffeur du soir où se trouve l’immeuble dans lequel je crèche aux frais de la princesse, la princesse étant The Best Manager Ever. J’ai vécu dans des endroits franchement sordides, parfois dangereux, autrement moins calmes et huppés que celui-ci, des squats dans l’Eastside dont il vient de parler et même pire. Ben depuis que je vis ici, j'apprécie d’être en sécurité en fait, de pas avoir à enrouler la lanière de mon sac autour de mon poignet avant de dormir d’un oeil, de ne pas me faire voler mes affaires, de pouvoir avoir plus de fringues que je ne peux en transporter et de ne pas avoir à sortir ma lame tous les jours pour sauver mon petit cul. Le monde que je dépeins est bien sombre et en réalité la plupart de ses membres sont des gens bien, qui respectent autrui et le peu d’affaire qu’il possède, non par peur, mais par amour. Seulement, il suffit d’un connard pour que tout parte en vrille et que la violence des dominations systémiques reprenne le pouvoir sur les rapports humains. La sécurité d’un appartement à soi, où qu’il soit, est vraiment très confortable, je pourrais l’abandonner pour regagner la liberté, mais tant que l’un n'empêche pas l’autre, je préfère le confort de Santa Monica. Savoir où je vais dormir et savoir que je ne vais pas me faire planter ou violer pendant mon sommeil, c’est vraiment cool, même si parfois je me demande si la liberté ce n’est pas justement le risque.

__ Après on ira chez toi. Tu me demandais si je voulais gratter, ben carrément, j’ai assez envie d’écouter tes cassettes. Pi j'ai pas faim.

@ Billy Lighter

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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeSam 19 Mai - 13:53


La vie passe comme ça, lentement, faite de petits plaisirs du quotidien, ou de la satisfaction d'une belle création. Et puis parfois il y a des fulgurances étranges qui font qu'elle change de couleur. Certaines néfastes, d'autres incroyablement belles. A force d'en avoir mangé pas mal de néfastes après les belles, j'en étais venu à redouter ces moments d'intense certitude qui vous saisissent à la gorge et vous font dire "je suis à un tournant de ma vie" ou encore "rien ne sera plus jamais comme avant après ça". Pourtant, certaines s'imposent comme une évidence. On n'a pas d'autre choix que de les vivre, de se laisser emporter par ce flot tumultueux d'émotions. Lutter contre le courant serait inutile et destructeur.

Ma rencontre avec Irina, par exemple, avait tenu du miracle. La probabilité que nous nous croisions était inférieur à zéro à moins qu'un chef d'orchestre de renommée internationale décide de prendre la grippe deux jours avant celui de notre collision dans les couloirs de l'Opéra de Cracovie, permettant ainsi à mon groupe d'avoir une session avec l'orchestre pour enregistrer des pistes. Pourtant c'était arrivé et ça m'avait semblé, à l'époque, aussi improbable que ce qui se passait ce soir. C'était ça, l’improbabilité de la théorie puissante du chaos. Et face à une rencontre improbable, on a deux options. Celle de la béatitude miraculeuse: nous étions faits pour nous rencontrer, c'est le Destin, ou celle de la théorie du complot, pétrie du plus cynique scepticisme dans le cas extrême: en fait c'est un piège filmé pour un nouveau show ?

Oui, c'était toujours bien comme ça que la vie se foutait de notre gueule. Si quelque chose de sympa t'arrive c'est soit du à ta crédulité, soit à la férocité des gens. En d'autres termes ne commence pas trop à croire à ta chance, ce que la vie te donnera aujourd'hui, elle te le reprendra le lendemain. Mon pessimisme désolait ma voisine de pallier mais pourtant il n'était que le fruit de mon expérience. On ne nait pas pessimiste, on le devient. Pour autant, j'avais pris le parti de profiter de cette fulgurance de ce soir qui m'arrivait en pleine gueule au moment où je m'y attendais le moins.

Les provocations de Delta me tiraient un petit sourire au coin des lèvres. Pas très loin en somme des miennes avant que je ne devienne époux et père. Je me souvenais de Zagiel, de mes excès outrageants envers les icônes religieuses autant que celles du Parti. Brûler des effigies de la Vierge, pisser sur des affiches de Jaruzelski, montrer notre cul aux deux blindés postés devant notre lieu de concert, desceller un panneau de sens interdit pour le fourrer dans le pot d'échappement de leur gros camion après y avoir écrit "on vous encule", on l'avait payé cher. Moi plus que les autres, parce que leader du groupe et issu d'une caste que le pouvoir voulait brimer.

Une période très ardue de ma vie avait suivi, me portant à changer ma façon de provoquer. Ces choix m'avaient mis sur la route d'Irina. J'avais reçu en même temps que le bonheur, la responsabilité qui va avec. J'avais fait le choix d'abandonner Zagiel et de ne plus partager ma musique. Servir celle des autres à l’Étranger était moins risqué. Le journalisme aussi. Malgré cet assagissement significatif, la rébellion m'avait quand même rattrapé en me prenant la femme que j'aimais. Renoncer à mes convictions n'avait rien empêché. Comme si une étrange malédiction me poursuivait.

Et ce soir, alors que je sortais d'un travail pour lequel j'étais largement surqualifié, soumis à la nécessité d'assurer l'avenir de ma fille, je croisais la route de cette musicienne totalement barrée et rétive au conformisme, dont l'ingénuité me séduisait autant que son analyse surprenante de maturité. J'aurais accepté de vider les cendriers et de récurer les chiottes de BSC pour cela, et peut-être même pire, mais je me garderai bien de le dire à Delta, parce que je doutais qu'elle pût le comprendre. Je préférais nettement partager ma musique avec elle. Chose que je n'avais pas fait depuis un certain temps. Le hasard de sa main, après m'avoir gratifié d'un doigt d'honneur plein de charme, lui valut de découvrir deux prises que j'avais faites récemment. Une reprise d'un morceau que j'avais composé pour The Devils' Heritage et l'autre de Zagiel. A l'évidence elle appréciait le premier et semblait un peu plus déroutée par le second, ce qui ne me surprit pas vraiment. Presque nihiliste dans ses propos, elle m'intriguait au plus haut point, tant elle contrastait avec l'environnement ambiant qui n'avait de cesse de rivaliser de clinquant, de superficialité et d'insouciance.

Insouciante, elle l'était d'une certaine façon, mais il y avait de la gravité dans cette insouciance, la conscience de la vanité de l'existence. Un constat désespéré que la vie est une salope et qu'il vaut mieux en profiter tant qu'on peut. Je m'étais concentré sur la route après ma longue tirade, l'écoutant répondre à mes propos, réfléchissant à sa façon d'y réagir. Il y avait une fêlure chez cette fille, qui faisait écho aux miennes. Je compris que j'avais touché un point sensible en lui demandant son nom. Ses paroles très sibyllines, peut-être métaphoriques, semblaient signifier qu'elle sortait de nulle part. Comment peut-on ne pas savoir d'où vient son nom? J'avais hoché la tête en silence, comprenant peu à peu ce qu'impliquait cet aveu. Delta était probablement orpheline depuis son plus jeune âge, sans aucune famille. Mes racines avaient une telle importance à mes yeux que je peinais à imaginer ce que pouvait signifier le fait de ne pas en avoir.

Elle détourna le regard un moment, peut-être gênée par l'insistance du mien. A son silence, je compris qu'elle était partie dans ses propres réflexions. J'avais décidé de changer de sujet, revenant au moment présent. Je n'étais pas très à l'aise dans le milieu des stars, leurs belles villas, leurs caisses de luxe, leurs fêtes, leur ébriété constante et leurs maîtresses ou femmes au foyer. Malgré mes origines, j'étais un mec simple, le commun des mortels, comme la majorité qui peuplait Los Angeles, mais dont on ne parlait jamais dans la presse. Elle m'assura que je pouvais garer ma poubelle sur roues au pied de son immeuble de luxe, m'apprenant du même coup qu'elle était logée par Daniele Ricci. Cette révélation me conforta dans mon opinion au sujet de mon Boss: grande gueule par devant, mais cœur d'or par derrière. Bon ok, la perspective du profit que pourrait générer Tiny Suicides devait peser aussi dans la balance, mais tout de même, la prise de risque était bien réelle et ce mec avait des couilles.

Je me sentais encore con de ma question sur son nom, terriblement maladroit. Tandis que je redémarrais au feu vert, je plaisantai bêtement dans un rire gêné :

-Heureusement que c'est pas moi qui t'ai amené jusqu'ici alors, parce que Mustang pourrie, c'est moyen comme nom ... Delta, ça claque !  T'es sûr que tu veux que j'entre sur le parking ? Tes voisins vont pas appeler la fourrière ? Puis j'ajoutai en lui faisant un clin d’œil malicieux Dommage pour les pom-pom girls! Moi je t'aurais bien vu dans ton petit short sexy et sur tes roulettes, faire des figures pour ces beaux athlètes musclés qui suent sur les stades universitaires.

Je remontai le boulevard à vive allure, en faisant rugir le moteur. Même si elle était bouffée de rouille, cette bagnole était une grosse cylindrée qui avait connu son heure de gloire. Maintenant elle n'était plus qu'une épave qui en avait pourtant encore sous le capot.

- Merci pour l'invitation, tu me paieras un café une autre fois, dans un bar. Je suis pas certain que Daniele apprécierait que je me pointe à son appartement sans qu'il m'y aie autorisé.

Je ralentis un peu, entrai dans la résidence qu'elle m'avait indiquée et coupai le contact.

- Madame est arrivée grâce à ses collants! Prends ton temps pour mettre tes miches au chaud, faire tes trucs de fille. Je vais m'en griller une ou deux et écrire quelques lignes mélodiques en t'attendant.

De toute façon il était trop tard pour me mettre au chantier ce soir et je n'en avais absolument pas envie. La perspective d'en découvrir davantage sur Delta, Tiny Suicide et de parler musique un bout de nuit me semblait infiniment plus tentant. Je détachai ma ceinture, me tournai vers elle en m’efforçant de ne pas fixer trop longtemps ses lèvres ni ses yeux, ce qui était un exercice presque impossible tant le nombre de gestes inavouables que j'avais envie d'esquisser était élevé. Je lui répondis malgré tout d'un air que je voulais innocent.

- J'ai des choses comestibles à la maison et du café également. Et si la faim te revient, y aura moyen que je te prépare un truc vite fait. Pour ce qui est de gratter, tu as pas encore déterré le plus compromettant.
Ajoutai-je énigmatique. Et si t'as des pistes de Tiny Suicides je veux bien aussi les écouter, si c'est possible.









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MessageSujet: Re: Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler) [Terminé]   Shits never come by chance ! ( pv Meg "Delta" Tyler)  [Terminé] I_icon_minitimeMar 22 Mai - 16:32


__ En fait, c’était Delta Logistics, donc dans Mustang pourrie, j’aurais probablement enlevé le “pourrie”. Mustang ça pète, cheval américain par excellence, fougueux, à moitié sauvage, ça l’aurait fait aussi, même si, vu que je suis nulle en dessin, le triangle c’est nettement plus pratique pour signer que de dessiner un putain de cheval.

Malko évoque les cabrioles d’une cheerleader, les athlètes musclés et toute une vie de lycée que je n’ai pas connue à part à travers la télévision. Je mets un doigts dans ma bouche comme pour me faire vomir. Franchement, je pense que si j’avais été dans un lycée normal, j’aurais plutôt été dans le groupe des anti conformistes rejetés par les personnes populaires. Chez les bonnes soeurs j’étais la gamine solitaire en rupture avec l’autorité. Pas de groupe de rebels, seulement moi. Pas de beaux gosses sportifs pour se crêper le chignon, seulement des filles et des nonnes. Pas de fringues de marque pour se différencier, uniformes et fripes d’orphelins. Pas de statut social, uniquement la religion pour se construire. Je préférais être Lilith que la vierge Marie.

__ Je vis ici et j’invite qui je veux, Daniele le sait parfaitement. Mais j’en ai pas pour longtemps et pour être sûr de la retrouver, c'est ptetre plus prudent que tu restes dans ta caisse.

Arrivée sur le parking de la résidence, saute de la voiture et file dans l’immeuble. À peine entrée dans mon appart, j’enlève mes chaussures, mon short que je laisse exactement à l'endroit où il est tombé. Je vais pisser, aux WC, puis je farfouille pour trouver un jean à peu près propre sous un tas d’autres trucs, comme si je savais où il était. Je l’enfile tout en sautillant vers la chaîne hi-fi où j’attrape nos deux cassettes. C’est un Jean 501 délavé tout simple. Je retourne vers l’entrée, je récupère mon sac à dos, j’y fourre les bandes et prend ma coke. Je verse un peu de poudre sur un cahier, écrase les cristaux et façonne deux lignes blanches parallèles comme celles de la route avec une boîte de cassette démontée. Je me repoudre le nez grâce à ma paille personnelle, une trace dans chaque narine et je me frotte les dents avec ce qu’il reste. Je remets le sachet et ma paille dans mon sac, je  que j’ai toujours mon couteau papillon qui a remplacé ma lame de rasoir. Je vais prendre un peu de weed dans ma chambre et enfile mes grolles. Je fais un petit revers à mon Jean pour dégager le haut de mes boots militaire. Puis je redescends au parking et rejoins l’ingé son en m’allumant une clope. Je comprends toujours pas ce que Ross voulait dire par “trucs de fille” mais ça va mieux en tout cas. La drogue envahit mon corps et je rend plus alerte et sûre de moi.

__ C’est parti !



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